Nous n’en sommes qu’au début de la création numérique jeunesse.

Nous avions rendez-vous dans le jardin du musée de la vie romantique dans le 9ème arrondissement de Paris. Comme il ne faisait pas beau, nous avons changé nos plans pour prendre un café à l’hôtel Amour. Il ne s’agissait pas d’un rendez-vous galant mais nous y avons bien parlé d’amour. Stéphane Kiehl auteur-illustrateur de deux applications remarquées est un amoureux de l’image, de la composition, de la superposition et finalement de l’expérimentation.

L’arrivée de l’Ipad a donné un sens à toutes mes reflexions sur l’image.

Avec Dans mon rêve Dans-mon-rêve-E-Toiles-Editions-Applimini et Ma Poire Ma Poire-E-toiles Editions-appliminises créations et E-toiles Edition, la maison d’édition numérique qu’il a fondé avec Claire Gervaise, Stéphane Kiehl fait partie des figures importantes de la création numérique jeunesse française. Ses applications ont été également reconnues et appréciées dans d’autres pays comme le montre le prix reçu en 2012 au Salon International du livre jeunesse de Bologne.

Issu de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Nancy , Stéphane Kiehl a publié 3 livres chez Autrement Jeunesse et consacre aujourd’hui la moitié de son temps à E-toiles Edition.

Comment avez-vous commencé?

Depuis toujours j’aime expérimenter et c’est une série de rencontres et d’échanges qui m’ont mené vers Dans Mon Rêve mon premier projet. Je ne trouvais pas vraiment ma place dans la création de livre papiers. C’est la raison pour laquelle j’en ai édité très peu. L’arrivée de l’Ipad a donné un sens à toutes mes reflexions sur l’image. Aujourd’hui j’ai des tonnes d’idées et il y a beaucoup d’auteur-illustrateurs que j’aimerais éditer. Pour E-toiles, nous aimerions créer un catalogue riche et interessant graphiquement. 

A votre avis, pourquoi les auteurs-illustrateurs jeunesse ne se sont pas encore emparé de la création pour tablette tactile?

Je crois que, tout simplement, il ne connaissent pas bien ce support. Ils ont besoin d’éditeurs comme nous pour être guidés dans leur choix créatifs. C’est un autre rapport à l’objet pour la création. Les illustrateurs connaissent bien le livre maintenant, mais le média numérique reste très ouvert et les gens qui pourraient passer au numérique sont déjà plus techniques à la base. Et s’ils ne le sont pas, c’est à nous éditeurs de l’aider à penser leur création.

Depuis les années 80, dans les albums jeunesse, les auteurs produisent énormément de livres-jeux et ce genre de création a toute sa place sur tablette.

Qui dit numérique dit ludique? n’y a t-il pas de place au contemplatif?

Si, il y a tout à fait une place pour le contemplatif. Je viens justement d’organiser un atelier pour les étudiants des Arts Décoratifs de Strasbourg. Nous avons travaillé sur l’architecture de l’appli Ma Poire et son système de navigation en croix. De très très belles choses en sont sorties, des idées que je n’aurais jamais eu.

L’aspect ludique dont je parlais correspond plus à ma manière de fonctionner. J’aime explorer et expérimenter.

On en est au début et il faut commencer par l’évident. L’évident aujourd’hui pour moi, c’est le ludique. Cela ne veut pas dire qu’on met les histoires et la lecture de côté. On réfléchit justement à des manières ludiques d’aborder le texte. J’ai très envie à terme de créer des applis qui abordent profondément le récit tout en étant sans faille graphiquement.

Les auteurs se posent aussi beaucoup de questions sur les droits d’auteur?

Oui c’est vrai. Nous sommes justement en train de mettre en place des contrats type pour nos futurs auteurs. Là aussi il y a un travail d’information. Il faut leur expliquer tous les postes de travail impliqués dans la création d’une appli. C’est vrai qu’aujourd’hui il faut être réaliste, les auteurs ne deviendront pas milliardaire avec l’écriture d’une appli mais c’est aussi le coeur de métier d’un auteur-illustrateur de pousser son processus de création en le diversifiant. Dans le métier on sait qu’on va parfois faire des projets mal payés mais on le fait car ils vont nous apporter quelque chose de nouveau.

Nous avons ensuite donner notre Ipad à Stéphane et l’avons laisser se balader. Voici les applications qu’il a repérés ou commentés:

Presto-Bingo-Shapes-Applimini Shapes

Wee You Things - Wee Society - Applimini Wee-You Things

Toc Toc-toctocsoft-applimini Toc-Toc

contre-jour-chillingo-applimini Contre-jour

 

Quelle est l’appli indispensable à avoir selon vous?

Sans hésitation Windosill et Feed the Head. Chez les créateurs, ce sont des applis qui reviennent tout le temps et ce n’est pas étonnant du tout. Tout d’un coup elles abordent la narration, sans vraiment en être une, l’image, la qualité graphique et sonore. Pour moi c’est le summum de ce qui peut exister. Et même si ce n’est pas grand public de prime abord, ce sont des applis qui fonctionnent. Je l’ai testé sur des enfants de milieux très différents et ils accrochent!

Windosill-Vectorpark-appliminiWindosill

Feed-the-head-Vectorpark-applimini Feed the head

 

Elles me font penser à des installations de Fischli and Weiss le duo d’artistes suisses qui ont travaillé dans les années 70 sur la réaction en chaîne.

 

Et pour finir, découvrez la dernière application de E-Toiles Editions qu’ils ont réalisé en co-édition avec Autrement Jeunesse: Ma petite fabrique à histoires.

Ma petite fabrique à histoires-Etoiles et Autrement-Applimini-Bruno Gibert

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