Pepita Chocolat… tel est son nom de code!

Et Meli Melo de livres… tel est le nom de son blog, le genre de blog qui vous donne envie de lire absolument TOUS les livres qu’elle chronique, même ceux qui ne s’adressent ni à vous ni à vos enfants!

En dehors de la blogosphère, Pepita est responsable jeunesse d’une bibliothèque dans le Sud Ouest. Aussi pétillante que son pseudo et aussi généreuse qu’un bon chocolat, elle fait découvrir tous les jours des livres, des images et des mots aux tout-petits et aux écoliers de sa commune. Depuis plus d’un an, elle a intégré l’Ipad dans ses ateliers et animations.

Elle a répondu très gentiment à nos questions et nous la remercions:

Depuis quand utilises-tu les tablettes numériques dans ta bibliothèque?

Cela fait un an et demi que je me suis mise à utiliser des tablettes numériques.

Peux-tu nous parler de ton expérience de bibliothécaire avec les tablettes numériques? Comment es-tu organisée? Organises-tu des ateliers ou bien les tablettes sont-elles en libre service?

J’ai d’abord testé quelques applications auprès d’enfants lorsque nous étions ouverts au public. Les enfants et les adultes présents étaient ravis de se frotter à ce nouvel outil. Ils ont pu tester des histoires et quelques jeux. L’engouement a été immédiat. Comme je découvrais cet outil aussi, c’était génial de se «l’approprier» avec eux. Puis, j’ai commencé une veille active. Je l’ai structurée et proposée en libre service en secteur jeunesse aux horaires d’ouverture. Je ne propose pas trop d’applis en même temps, je les renouvelle régulièrement et j’accompagne la découverte. Il a fallu réfléchir aussi à la sécurité (système de cadenas avec coque, bloquer les accès sur la tablette,…).

Très rapidement, j’ai eu envie d’aller plus loin en intégrant la tablette dans des accueils scolaires ou en petite enfance ou en appui d’une présentation de collections. J’essaie toujours de réfléchir dans la complémentarité des supports.

La tablette est là pour un prolongement du livre, et non l’inverse.

C’est là une démarche essentielle pour moi car il est très facile de s’affranchir de cet objectif avec ce type d’outil qui induit une très forte propension au jeu. Ceci dit, les expériences menées restent somme toute assez embryonnaires. J’y vais doucement. Je ne veux pas heurter. J’ai pour projet en 2013 de mettre en place des heures du conte avec une tablette. C’est en réflexion en tout cas.

Tout cela s’est fait en partenariat avec mes collègues du secteur multimédia, qui ont eu la tâche de former le personnel de la médiathèque, de dispatcher les outils, de gérer les cartes i-tunes (une somme est attribuée à chaque secteur) dans l’objectif que chacun devienne autonome dans sa gestion et ses propositions, ce qui n’empêche pas bien entendu la transversalité dans des projets.

Quelles sont les applications que tu as choisies d’y mettre? Et pourquoi ?

Les applications prioritaires sont les applications à base d’histoires (on est dans une bibliothèque quand même !) : des contes classiques, des premières lectures, des albums,…mais aussi des applications ludiques qui apportent un plus en terme d’apprentissage et qui permettent une interaction et un accompagnement de la part des adultes. J’évite les applications commerciales, celles avec des achats in-app (pas gérables). Mais je n’interdis pas non plus les jeux, surtout en période de vacances scolaires.

Je gère la sélection des applis comme je le fais au quotidien dans mes acquisitions de livres.

J’essaie surtout de voir si elles vont plaire aux enfants et comment je vais pouvoir les utiliser dans des animations. Et finalement, il n’y en a pas tant que ça…Certaines applications sont vraiment très agréables à découvrir, d’un point de vue esthétique et au niveau du contenu. Les enrichissements musicaux et les effets de ces livres enrichis sont parfois surprenants.On peut aussi souvent se faire une idée de l’appli avec la version Lite (gratuite) : ce n’est qu’un petit aperçu mais à la longue, on arrive à voir si on va l’acheter ou pas. Et puis, on peut se tromper ! En général, si une application ne me séduit pas tout de suite, je n’achète pas, je repousse à plus tard ou j’attends d’avoir suffisamment d’autres avis dessus pour me décider. Comme pour les livres…

Comment suis-tu l’actualité des applications jeunesse ?

Au début, je cherchais beaucoup par moi-même. C’était une façon aussi de bien appréhender l’outil. Et puis, je me suis très rapidement établie une veille numérique regroupant des sites (Appli-mini, La souris grise, Déclickids, Idboox, Applicationipad,…) qui aident réellement dans les choix. Mais rien ne remplace une immersion par soi-même dans l’outil : c’est comme sur le net, on cherche, on trouve, on tombe sur autre chose et on fait de très belles découvertes ou pas. C’est de la curiosité tout simplement ! Mais très chronophage…

Qu’est-ce que tu aimes et qu’est ce que tu n’aimes pas dans les applications que tu vois?

Il y a certaines applications qui sont de véritables réussites : belles, intelligentes, ludiques, pleine de surprises et de découvertes et très intuitives.

Alors que d’autres sont purement commerciales (il y en a de plus en plus de celles-ci…) : graphisme brut, voix pas agréable, ergonomie de l’appli pas évidente, problème de la langue,…

Que dis-tu aux adultes qui sont réfractaires aux tablettes? 

Je leur dis d’abord que je comprends fort bien leur réticence. Moi-même, je me suis demandée si j’étais vraiment habilitée à mettre cet outil à disposition des enfants, a fortiori pas les miens ! Et je me le demande encore…On a finalement très peu de recul, les avancées techniques vont aussi plus vite que ce qu’on est capable d’intégrer.

Mais je leur dis aussi que les générations actuelles et celles à venir vont forcément vivre avec cette technologie et qu’au lieu d’en faire un démon, il vaut mieux essayer de comprendre comment ça marche. Tout est question de besoin d’abord et d’accompagnement ensuite. Et cela demande du temps…

Comment vois-tu l’avenir des applications pour enfants?

Paradoxalement, j’ai l’impression que l’âge d’or est déjà passé. Je crains que le commercial prenne le pas sur la créativité. Il ne faut pas oublier que le numérique est un secteur qui engloutit beaucoup d’argent et je ne suis pas certaine que cela rapporte tant que cela. L’avenir nous dira…

Penses-tu que les tablettes numériques peuvent amener des enfants à l’amour de la lecture?

Oui, je le pense sincèrement. Pour des enfants en difficulté, le ludique peut leur permettre de dépasser l’aspect rébarbatif de l’apprentissage.

Apprendre en s’amusant et apprendre à apprendre… Mais il faut un accompagnement solide et sur la durée.

Je m’étonne d’ailleurs que le débat sur le numérique n’envahisse pas plus la sphère de l’Education Nationale. Pour les enseignants, les tablettes sont une vraie mine d’or ! Les expériences sont assez saupoudrées, il n’y a pas vraiment de cohérence globale. Il est vrai aussi que cela pose le problème de la formation à ces outils et de coût non négligeable.

Quelle est la réaction des enfants face aux applications que tu leur proposes?

Ils rentrent immédiatement dedans. Et si parfois, ils pouvaient entrer dans l’écran, ils le feraient ! Certains enfants me demandent «la petite télé».

Une appli est réussie quand l’enfant trouve ce qu’il y a à y faire et il a ensuite envie de montrer qu’il sait faire.

J’assiste parfois à des scènes assez cocasses : il y a la queue pour faire de la tablette…il n’est pas rare de voir trois ou quatre enfants autour de celui qui a la tablette, ils s’observent puis très vite ils échangent, se montrent des choses, discutent et découvrent ensemble. Les adultes regardent et finissent par s’y mettre aussi. Ils sont souvent dans l’étonnement et des barrières tombent. Moi aussi, j’observe puis j’interviens souvent pour discuter, pour comprendre ce qui est en train de se jouer là…C’est très instructif.

Comment vois-tu l’avenir des bibliothèques avec l’arrivée des tablettes numériques? (les tablettes y ont-elles leur place? Le personnel de bibliothèque est-il formé? Etc…)

C’est difficile à dire. On en parle beaucoup en tous cas. Cela pose des problèmes financiers, techniques, logistiques et juridiques. Se pose bien entendu le problème de la formation du personnel et là, on se heurte aux différences d’appréciation entre générations. Il faut convaincre les élus. Il faut d’abord réfléchir en terme de projet global sur le long terme : la place des tablettes par rapport aux collections et vice versa par exemple ? Opposer espace numérique et espace physique ou jouer sur leur complémentarité ? La place du bibliothécaire (médiathécaire même !) dans cette juxtaposition ? Les bibliothèques ne risquent-elles pas de devenir des sortes de lieux de tests de ces nouvelles technologies au détriment de leurs missions principales ? Est-ce leur rôle ? C’est un vaste débat…mais la révolution est en marche. Je ne crois pas pour autant à la mort programmée du livre. Il a encore de beaux jours devant lui, et c’est tant mieux.

Et pour en savoir plus, lisez Les applis préférées de Pepita Chocolat.